Mis à jour en août 2026
L'expédition d'une vie !
Il y a un an je ne savais même pas vraiment que le Svalbard existait et aujourd'hui, je ne rêve plus que d'une chose : y retourner. Yann, un de nos guides, nous a dit qu'une fois qu'on était piqué par l'Arctique, c'était foutu, eh bien il n'avait pas tort !
Mais avant de vous raconter cette croisière en arctique, un peu de contexte : le Svalbard a été découvert en 1596 par Barentsz, puis exploité pendant des siècles par les baleiniers, les trappeurs et les mineurs. Il a aussi été le théâtre de nombreuses expéditions scientifiques, notamment celle du navire "Recherche" en 1839, qui avait embarqué des peintres pour témoigner de ce qui était observé là-bas. Les peintures et dessins réalisés sur la Corvette Recherche ont servi notamment à diffuser les connaissances sur cette zone peu connue et ont aussi été utilisées à des fins de vulgarisations scientifiques.
Latitude Blanche a choisi de perpétuer cet héritage, et c'est dans ce cadre-là que j'ai embarqué pour une expédition de 10 jours à bord du Polarfront en tant qu'artiste, à naviguer dans ces eaux du bout du monde.
Un peu comme ces peintres embarqués il y a près de deux siècles, mon objectif à travers cet article est de témoigner de ce que j'ai vu, via mes photos et grâce à tout ce que les guides m'ont appris sur place.
Un mix de récit de voyage et de contenu informatif qui, je l'espère te transportera dans cet univers et t'apprendra plein de choses à la fois sur l'histoire du Svalbard comme sur la biodiversité.
👉 Tiens, comment fonctionne un glacier par exemple ? Pourquoi la glace peut prendre différentes couleurs ?Comment les rennes résistent au froid depuis des millénaires ?
Allez suis-moi, bonne lecture !
Barthélemy Lauvergne, 4e vue panoramique de la Madeleine, 1852
Auguste Mayer, Vue du Spitzberg, 1839
François Auguste Biard, Baie de la Madeleine, 1841
SOMMAIRE :
Notre itinéraire : le tour complet du Spitzberg
Commençons par un petit point carto et histoire !
Ce sont les Hollandais qui ont nommé cette terre le "Spitzberg" (montagnes pointues) à la suite de la découverte de Barentsz à la fin du XVIe siècle. Ce n'est qu'en 1925, après le traité attribuant le territoire à la Norvège signé en 1920, qu'apparaît le nom "Svalbard" (côtes froides).
Aujourd'hui ce qu'on appelle le Svalbard correspond à l'archipel dans son ensemble, composé de plusieurs îles, dont le Spitzberg, la plus grande, ainsi que Nordaustlandet, Edgeøya et Barentsøya.
1019 milles marins (soit 1887 kilomètres), c'est la distance que nous avons parcourue pour faire le tour du Spitzberg au départ de Longyearbyen.
Nous avons navigué de glacier en glacier, longé des montagnes qui viennent se jeter directement dans les eaux glaciales, et rencontré des animaux dont les métabolismes sont juste hallucinants pour s'accommoder aux conditions arctiques extrêmes. Le tout sous un soleil de minuit permanent.
Allez je te raconte tout ça !
Carte de l'expédition réalisée par Nicolas Hanuise, guide
Mais avant toute chose, laisse-moi te présenter nos 2 guides de compétition : Nicolas et Yann, qui nous ont fait découvrir la richesse et les enjeux de l'arctique à travers leurs connaissances débordantes et passionnantes.
Merci à eux !
Nicolas Hanuise : alias le Piafologue, expert des pigeons en tout genre. Incollable sur tous les oiseaux de l'arctique et capable de nommer l'espèce avant même que toi tu aies eu le temps de le trouver dans tes jumelles.
Le maître des points carto tous les soirs, également connu pour ses multiples annonces à l'interphone dans le bateau, toujours avec une voix calme et douce, même à 2h du matin pour prévenir qu'on avait repéré un ours !
Yann Lemoine : encyclopédie sur pattes, expert de l'arctique en général et kayakiste de renom. Parle couramment le groenlandais. Tellement instruit et passionnant mais aussi très bon comédien. Il peut te faire avaler beaucoup de choses, son secret : avoir l'air persuasif.
Incollable sur la reproduction asexuée des abeilles à poils longs les soirs de pleine lune.
Alors qu'est-ce qu'on a vu là-haut ?!
C'est vrai que c'est très difficile de s'imaginer à quoi ça peut bien ressembler.
En été la banquise, qui correspond à de l'eau de mer gelée, ne descend pas jusqu'au Svalbard, et ce bien que nous dépassions les 80 degrés Nord, soit environ 1000 km du pôle Nord. Tous les icebergs que nous avons vus proviennent de morceaux de glaciers ou de calottes glaciaires qui se sont détachés.
Le territoire est très montagneux avec de magnifiques fjords rythmés par d'immenses glaciers. Mais par contre les arbres tu oublies ! Le climat est trop extrême pour permettre leur développement, et les 4 mois de nuit polaire n'en parlons pas.
Il y a tout de même des zones de végétation avec la toundra : des petites mousses et fleurs qui viennent colorer le paysage.
Durant ces 10 jours d'expédition nous avons alterné des moments de navigation, des sorties en zodiac pour se rapprocher des glaciers et falaises, et des randonnées.
Silène acaule
Les glaciers du Svalbard
À bord des zodiacs on a pu s'approcher au plus près des imposantes falaises de glace qu'on appelle les fronts glaciaires marins, certains atteignent plus de 70m de haut ! Pour citer des noms, nous avons pu voir celui de Monaco, du 14 juillet, de Kvalvågen ou encore celui de Burgerbukta.
Rien que pour les sorties en zodiac je rêve de revenir ! Être sur l'eau pendant plusieurs heures à d'admirer les paysages et les animaux c'est magique.
Petit point scientifique sur les glaciers :
Un glacier, c'est en quelque sorte une rivière de glace qui avance plus ou moins lentement. Voici comment ça fonctionne globalement :
La formation : sur les hauteurs, la neige s'accumule année après année. Sous son propre poids, elle se compacte et se transforme en glace. C'est donc une immense réserve d'eau douce. Cette masse devient tellement lourde qu'elle finit par s'écouler sous l'effet de la gravité, comme un fleuve figé qui descend vers la mer.
L'écoulement : le glacier avance en permanence, quelques centimètres à quelques mètres par jour selon les endroits. En descendant, il érode la roche et pousse devant lui, sur les côtés et en dessous des débris de pierre et de sédiments — ce sont les moraines. On les reconnaît à ces longues traînées sombres qui strient la glace ou bordent le glacier.
Le vêlage : quand le glacier atteint la mer, sa partie avant (le front) finit par se fracturer sous son propre poids et sous l'effet des marées. De gros blocs de glace se détachent alors et tombent dans l'eau dans un fracas impressionnant. C'est ce qui donne naissance aux icebergs. Ces blocs de glace dérivent dans les fjords et deviennent des habitats pour de nombreuses espèces marines comme les phoques barbus par exemple.
L'équilibre naturel : normalement un glacier accumule de la glace en amont (zone d'accumulation) et en perd par fonte et vêlage en aval (zone d'ablation). Tant que les deux s'équilibrent à peu près, le glacier reste stable.
Le déséquilibre climatique : malheureusement avec le réchauffement climatique, cet équilibre est rompu. Les températures plus élevées accélèrent la fonte en aval, tandis que les chutes de neige ne suffisent plus à compenser en amont. Résultat : les glaciers du Svalbard reculent année après année, certains ayant perdu plusieurs kilomètres en quelques décennies seulement...
Difficile de parler du Svalbard sans évoquer le dérèglement climatique, qui y progresse jusqu'à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale.
Un chiffre parlant, donné par le musée de Longyearbyen : la température moyenne de juillet est passée de 4,8°C en 1975 à 10,1°C en 2023.
Cette hausse bouleverse évidemment tout l'écosystème arctique : recul des glaciers, fonte de la banquise qui prive les ours polaires de leur terrain de chasse, dérèglement des cycles de reproduction de la faune, etc.
Explorer le Svalbard a un coût carbone, je suis bien consciente de ce paradoxe. Je souhaite tout de même, à mon échelle, montrer et sensibiliser à ce qui se joue ici.
Aussi fou que ça puisse paraître les glaciers ont une odeur. Alors je ne pourrai pas la décrire mais c'est quelque chose que je n'imaginais même pas. Et lorsque le glacier est très actif on entend des bruits de craquement en quasi permanence, c'est très impressionnant.
La couleur de la glace, un indice sur son histoire
Toutes ces textures et couleurs de glace m'ont absolument fascinée pendant toute l'expédition. En plus d'être magnifiques et très photogéniques elles donnent de précieux indices sur l'âge de la glace et son parcours.
La glace blanche est la plus jeune : elle contient encore beaucoup de bulles d'air microscopiques, qui dispersent la lumière dans toutes les directions avant qu'elle ne ressorte. C'est ce même phénomène qui rend la neige blanche.
La glace bleue est ancienne et très compressée. Sous la pression accumulée au fil du temps, les bulles d'air ont été expulsées, rendant la glace beaucoup plus dense. La lumière peut alors pénétrer profondément avant de ressortir : sur ce trajet plus long, elle est progressivement absorbée dans les grandes longueurs d'ondes (le rouge et le jaune), tandis que le bleu (longueur d'onde plus courte) est bien moins absorbé et ressort majoritairement vers nos yeux. Plus la glace est bleue et intense, plus elle est vieille, parfois de plusieurs siècles.
La glace transparente est très pure et dense, sans air, souvent issue d'eau de fonte regelée : la lumière la traverse presque sans obstacle ni absorption sélective, d'où son aspect translucide.
Sur un front de glacier, un bleu très vif signale généralement une zone qui vient tout juste de se fracturer : la glace ancienne des profondeurs est mise à nu et n'a pas encore eu le temps de s'altérer au contact de l'air. Avec le temps, cette même glace bleue devient plus blanche en surface.
Donc un bon indice : quand la glace est bleue, mieux vaut ne pas s'approcher de risque que ça chute sous peu !
Les oiseaux du Svalbard
Les sorties en zodiac nous ont aussi permis de nous approcher des falaises où nichent de nombreux oiseaux. Certaines sont peuplées de milliers d'individus, ça fait un vacarme en continu ! (surtout quand les mouettes tridactyles sont de la partie)
Parmi les espèces que nous avons pu observer on trouve notamment des alcidés, les plongeurs.
- Les macareux moines, magnifiques avec leur bec coloré en période de reproduction. Ils sont capables de plonger à 60m de profondeur ! Ils ont notamment la particularité d'avoir des dents en arrière qui leur permettent de capturer plusieurs proies en même temps.
- Les Guillemots de Brünnich, ceux qu'on a vu le plus je pense. Alors eux ce sont les rois du plongeon ! Capables de descendre à plus de 100m — ce qui en fait l'un des oiseaux plongeurs les plus profonds au monde. Arrivés à l'âge de 3 semaines, les petits s'élancent pour un saut impressionnant depuis la falaise, alors qu'ils ne savent pas encore voler. Du vrai chewing-gum pour arriver en bas vivant, il faut le dire ! Bien que certains heurtent la paroi rocheuse durant la descente, servant ensuite de casse-croute pour les renards, ours ou goélands. Puis c'est le père uniquement qui s'occupe d'eux en mer pendant plusieurs semaines, pendant que la mère, fatiguée par la période de couvaison, repart de son côté en mer pour reprendre des forces.
- Les Guillemots à miroir, qui ressemblent aux guillemots de Brünnich, mais qui se distinguent par une plus petite taille et une tache blanche sur les deux ailes. Le guillemot de Brünnich niche en immenses colonies denses sur les corniches de falaises, tandis que le guillemot à miroir vit plutôt seul ou en petits groupes épars. Sur la photo ci-dessous on en aperçoit 3, aux premières loges du rorqual en arrière-plan.
On a également croisé plein d'autres espèces en chemin :
Goélands Bourgmestre
Bécasseau violet
Grand Gravelot
Canard Eider mâle
Sterne Arctique
Labbe Parasite
Mouettes tridactyles
👉 Fun fact sur la sterne arctique :
Elle est célèbre pour parcourir les plus grandes distances migratoires. Du pôle nord au pôle sud, rien que ça ! Par an son compteur tourne autour des 70 000 kilomètres.
La barrière de glace de Bråsvellbreen
Parlons maintenant de Bråsvellbreen, l'un des sites les plus spectaculaires de l'archipel.
Situé sur Nordaustlandet ("La Terre du Nord-Est"), c'est l'un des exutoires de la calotte glaciaire Austfonna, la plus grande calotte de l'archipel avec plus de 8000 km².
Contrairement à un glacier classique, qui s'écoule comme une rivière de glace le long d'une vallée, une calotte glaciaire est un immense dôme qui recouvre toute une zone. On peut y voir un front de glace continu de près de 180 km , le plus long front glaciaire de l'hémisphère Nord ! Haute d'une vingtaine de mètres, cette immense muraille blanche est traversée en été par des dizaines de cascades, formées par l'eau de fonte qui dévale la glace avant de plonger directement dans la mer. Magnifique.
Passage dans le détroit d'Heleysundet
Ce petit détroit qui sépare le Spitzberg de Barentsøya cache un phénomène fascinant que je ne connaissais pas du tout.
La marée n'y monte et ne descend pas au même rythme des deux côtés : quand un bassin est en marée haute, l'autre peut être en marée basse au même instant. Cette différence de niveau force l'eau à se précipiter dans le détroit pour rééquilibrer les deux côtés, créant des courants très forts !
Résultat : le passage n'est vraiment praticable qu'à l'étale, ce bref instant où les niveaux s'égalisent et où le courant faiblit presque totalement. Mieux vaut donc bien calculer son coup !
Au moment de notre passage c'était impressionnant, la surface de l'eau était complètement lisse avec quelques espèces de tourbillons par ci par là.
Les balades à terre
Ça aussi c'est quelque chose à vivre. On a l'impression de poser le pied sur un autre planète et les paysages que nous avons découverts sont juste dingues.
Depuis le 1er janvier 2025, seuls 43 sites de débarquement sont autorisés au Svalbard (contre environ 240 auparavant). Cette réduction drastique vise à protéger l'environnement fragile de l'archipel, dont 65% est déjà classé en zone protégée.
Ces sorties à terre nous ont permis de rencontrer pas mal de petites (ou grosses) bêtes et d'en apprendre sur l'histoire du Svalbard.
Débarquement à Sundneset sur l'île de Barents
On se trouve ici à l'Est de l'archipel du Svalbard sur l'île de Barents. Une magnifique balade dans la toundra où nous sommes tombés sur de nombreux ossements de baleine et avons fait une très belle rencontre avec des rennes au détour d'un lac.
Après la découverte du Spitzberg, les nations européennes ont lancé de nombreuses expéditions car l'eau était très riche en baleines, notamment la baleine boréale. Petite anecdote : les harponneurs basques étaient très plébiscités car ils savaient très bien chasser. On exploitait la graisse, mais aussi les fanons, qui étaient utilisés en corsetterie — d'où l'utilisation du mot "baleine" pour les soutiens-gorges.
En quelques décennies, les populations de baleines ont quasiment disparu... il a fallu aller chasser plus au large, puis, faute d'individus, les baleiniers se sont ensuite rabattus sur d'autres animaux : les morses et les bélugas entre autres. On estime la fin de l'activité baleinière à 1800.
Nous nous sommes retrouvés nez à nez avec des rennes lors de cette balade. Ils ne sont d'ailleurs pas trouillards pour un sous, voire même curieux. Grâce à Yann et Nico on a pu apprendre que leur métabolisme était une vraie machine de guerre !
Les rennes ont connu les mammouths, c'est pour dire que leur corps a su s'adapter au climat.
Ils sont dotés de plein de petits tricks intéressants.
Par exemple, au niveau des pattes, leurs veines et leurs artères sont collées les unes aux autres. Résultat : le sang chaud qui descend du cœur réchauffe au passage le sang plus froid qui remonte des sabots vers le corps — un vrai système de chauffage intégré, qui évite au renne de perdre sa chaleur par les pattes.
Ou encore sa cloison nasale est en forme de spirale pour réchauffer l'air qui va rentrer dans son corps, d'où la représentation des rennes avec un nez rouge (et oui tout s'explique !).
Tiens, là où ils sont malins aussi c'est au niveau de leurs sabots. Ces derniers sont composés de 2 parties distinctes. En hiver les sabots s'écartent et une sorte de membrane apparaît au milieu, ce qui double quasiment leur surface au sol : de vraies raquettes à neige ! Ainsi ils ne s'enfoncent pas.
En été la membrane disparait et leurs sabots s'adaptent parfaitement à un terrain rocheux plus accidenté.
Comment distinguer le mâle d'une femelle ?
Tout simple, il suffit de regarder les bois. Le mâle perd ses bois après la période de rut, en octobre-novembre, tandis que la femelle gestante garde les siens plus longtemps et ne les perd qu'après la mise bas, en juin-juillet. Ses bois lui sont bien utiles en hiver pour fouiller dans la neige et trouver du lichen, essentiel au bon développement de son bébé.
L'échouerie de morses de Kapp Lee sur Edgeøya
Nous sommes allés à pied jusqu'à une échouerie de morses. Alors premier conseil : se boucher le nez ! Surtout si le vent n'est pas dans le bon sens. C'est une des observations que j'ai adorée. Les morses étaient entassés les uns sur les autres dans un brouhaha qui leur est propre. Certains se prélassaient un peu plus loin tandis qu'il y a toujours des sentinelles qui montent la garde dans l'eau.
Jusqu'à 1,5 tonne, oui oui ! Et pourtant, ils se nourrissent essentiellement de coquillages, qu'ils débusquent grâce à leurs vibrisses (leurs moustaches, hyper sensibles) avant de projeter un puissant jet d'eau avec leur bouche pour les déloger des sédiments.
Sur cette sortie on a aussi pu assister à des rennes qui se faisaient chasser par un labbe parasite, qui devait juger qu'ils s'approchaient un peu trop près du nid. Cet oiseau est au passage hyper malin, au lieu de chasser lui même ses proies, il poursuit les autres oiseaux jusqu'à ce qu'ils crachent ce qu'ils ont dans le bec puis leur vole le butin.
Notre observation mythique des renards arctiques aux falaises de Gnålodden
Il a fallu attendre la fin du séjour pour apercevoir les renards arctiques. Pas facile de les voir ces bestioles-là !
Alors là où on avait le plus de chance de les voir c'était au pied d'une immense falaise peuplée de milliers d'oiseaux : un vrai garde-manger pour les renards arctiques.
A peine posé le pied à terre nous sommes tombés nez à nez avec 2 petits renards, on s'est arrêté de bouger et ce sont eux qui se sont rapprochés de nous, à pas plus de 4-5 mètres ! Puis ils sont partis en courant et jouant dans la plaine avant de remonter vers les falaises.
En hiver ils sont totalement blancs alors qu'en été ils ont un pelage plus marron / beige.
Nous avons continué notre petite promenade en direction d'une cabane qui peut servir de refuge aux scientifiques de passage par exemple. Tu pourras noter les pics énormes sur les volets : c'est pour éviter que les ours polaires viennent défoncer la cabane s'il y a de la nourriture à l'intérieur. Rassurant.
Nous sommes ensuite revenus vers les zodiacs car l'équipage nous avait réservé la surprise de ramener un super goûter, avec un bon chocolat chaud servi par Lise et Marlyse. Le rêve dans ce décor !
Notre goûter a été rapidement interrompu par d'autres renards qui ont pointé le bout de leur nez. On a pu en voir peut-être 5-6 différents ! On les a admiré en train de jouer et même en train de chasser. Habile celui qui a choppé le bébé bernache nonnette au bord de l'eau ! La famille d'oie s'était rapprochée du bord car les petits ne peuvent pas rester dans l'eau froide trop longtemps donc il leur fallait faire une pause à terre... ce n'était pas le spot le plus malin !
Puis histoire de rajouter encore plus de spectacle on a assisté à un goéland qui a chassé un bébé guillemot. Ce n'était pas la scène la plus féérique, mais ça reste un souvenir inoubliable d'avoir pu observer tous ces animaux à l'action dans leur habitat naturel.
Ce que montre Yann ci-dessous c'est un vestige des trappeurs, un véritable piège à renard chassé pour sa fourrure.
Les premiers trappeurs en activité au Svalbard étaient russes, on les appelait les Pomors. Puis progressivement ils se sont faits remplacer par les trappeurs norvégiens à la fin du XVIIIe siècle.
Les vestiges de l'activité minière du Svalbard
L'activité minière à Longyearbyen démarre en 1906 avec l'Américain John Munroe Longyear.
En 1920, un traité attribue la souveraineté de l'archipel à la Norvège, tout en autorisant tous les pays signataires, dont l'URSS, à y exploiter des ressources. Ce qui explique la présence minière russe à Barentsburg (toujours en activité).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands envahissent la Norvège en 1940. Les Alliés décident alors de détruire volontairement les mines en 1941 pour éviter que les Allemands ne s'en emparent.
Puis l'activité reprend après la guerre, les galeries souterraines n'ayant pas été endommagées malgré une attaque en 1943, et se poursuit pendant plusieurs décennies.
La dernière mine norvégienne, la Mine 7, ferme définitivement en 2025-2026 — mettant fin à un siècle d'exploitation minière norvégienne sur l'archipel.
Débarquement dans la baie de la Recherche - Bellsund
Nous débarquons dans la baie de la Recherche pour une randonnée.
On commence par s'approcher d'une vieille maison en bois datant de 1906. Cette maison était en fait un hôtel construit par un norvégien à l'époque. Bon, aujourd'hui on se demande comment ça tient encore debout.
Puis nous poursuivons notre chemin sur les hauteurs, dans les moraines du glacier qui s'est reculé, jusqu'à arriver à un point de vue magnifique sur toute la baie.
En redescendant nous croisons quelques rennes histoire de terminer en beauté.
En revenant sur le Polarfront, grande surprise ! La table est mise dehors et nous profitons d'un bon repas au soleil.
Tout au long du voyage l'équipage de Latitude Blanche a été incroyable, avec plein de petites attentions, une gentillesse et des surprises qui rendent l'aventure mémorable. D'ailleurs il faudrait peut-être que je te raconte un peu la vie à bord, mais juste avant ça j'aimerais te parler du roi de l'arctique : l'ours polaire !
L'ours Polaire du Svalbard
"Ursus maritimus", le roi de l'arctique capable de nager 150km par jour.
C'était carrément le rêve de pouvoir croiser le chemin des ours polaires. Et on a eu beaucoup de chance !
On a pu en voir quelques-uns, dont des mères avec leurs oursons, un qui faisait la sieste dans l'herbe et même un en train de casser la croûte sur un morse.
Au Svalbard on en recense environ 3000, donc il n'est pas certain de pouvoir les observer.
Sache que pour réaliser ces images j'étais au téléobjectif avec un respect des distances réglementaires pour ne pas les déranger.
À chaque fois que nous posions le pied à terre nos deux guides, Yann et Nico, étaient équipés d'armes en prévention. Bien heureusement ils n'ont jamais eu à s'en servir.
👉 Fun fact sur les ourses femelles :
Après l'accouplement au printemps, le développement de l'embryon se met en pause : ce n'est qu'à l'automne, si l'ourse a réussi à accumuler suffisamment de réserves de graisse durant l'été, que l'implantation a réellement lieu et que la gestation démarre pour de bon.
La vie à bord du Polarfront
Comment se passe une croisière avec Latitude Blanche ?
Eh bien je ne pense pas qu'on puisse rêver mieux ! La vie sur le Polarfront est juste géniale. C'est une expédition arctique en petit comité, avec une douzaine de passagers + les guides et l'équipage. C'est ce qui rend le voyage hyper riche sur le plan humain. On fait vite des rencontres, on partage les mêmes moments intenses de découverte et la complicité du groupe grandit rapidement.
Et l'équipage est d'une gentillesse… tout est mis en œuvre pour qu'on se sente bien et qu'on vive un séjour magique. Jusqu'à nous faire la surprise d'emmener le pique-nique au pied d'un glacier pendant qu'on était parti à pied. Ou encore amener le chocolat chaud et les cookies sur le zodiac pour partager un goûter au milieu des icebergs — un moment que je n'aurais même pas pu imaginer dans mes rêves les plus fous !
Alors il ne faut pas venir sur le bateau en espérant perdre du poids hein. Qu'est-ce qu'on a bien mangé, merci Jérémy :)
J'ai aussi adoré passer du temps en passerelle pendant les navigations. Déjà la vue est splendide mais en plus j'ai appris plein de choses auprès de l'équipage et partagé de très bons moments.
Je maitrise maintenant comment mettre les points sur la carte et donner le cap, attention !
Un clin d'œil à Fred le commandant, alias Enzo, pour son excellent sens de l'humour.
Et parmi l'équipage se cache Jean-Phi, chef mécanicien du Polarfront et aussi vidéaste talentueux !
Je t'invite à aller jeter un coup d'œil à sa dernière vidéo qui met bien en lumière la vie à bord et les paysages : "Le Spitzberg à bord de Polarfront"
Cerise sur le gâteau, le Polarfront est équipé d'un sauna et d'un bain nordique en extérieur, et ça c'est vraiment canon !
Il faut un peu de courage pour se mettre en maillot de bain par les températures extérieures mais une fois dedans qu'est-ce qu'on est bien.
Pour les plus téméraires il est possible de faire le Polarplouf : un saut dans l'eau du fjord en simple maillot de bain. Je peux confirmer que ça pique ! Dans l'eau à 1°C on ne fait pas les malins, mais heureusement que Marlyse était là pour mettre l'ambiance en haut de la coupée et nous servir un shooter pour nous réchauffer en remontant.
En 2024, de gros travaux de remotorisation et d'optimisation énergétique ont permis de diviser par deux la consommation d'énergie du Polarfront, faisant de lui le navire le plus vert de sa catégorie.
Je t'invite à découvrir les visages de l'équipage qui se cachent derrière la réussite des croisières Latitude Blanche :
Voilà pour le récit de cette croisière en arctique.
Au moment où j'écris cet article j'ai encore la tête au pôle nord. Et ça m'était rarement arrivé d'avoir un coup de blues pareil à la fin d'un voyage. Tout simplement car je réalise la chance inouïe d'avoir pu voir de mes propres yeux cet endroit si différent de chez nous. C'est aussi la vie à bord qui m'a transportée pendant ces 10 jours et je garde tous ces souvenirs bien précieusement dans un coin de ma tête.
Un peu comme ces peintres embarqués il y a près de deux siècles, j'ai voulu, à ma façon, mêler récit de voyage et vulgarisation scientifique. J'espère avoir aiguisé ta curiosité et t'avoir appris 2/3 petites choses au passage sur l'histoire de l'archipel et la biodiversité.
Merci à Latitude Blanche de m'avoir fait confiance sur ce projet !
Si tu es intéressé(e) par une croisière au Svalbard tu peux consulter le site de Latitude Blanche.
👉D'autres destinations sont proposées, notamment en Norvège, retrouve ici mon article sur le récit de la croisière dans les îles Lofoten.
N'hésite pas à me laisser un commentaire en dessous si tu as des questions sur ce voyage ou simplement pour me faire un retour 😉
Merci de nous partager tout cela 😘
Merci beaucoup Marie pour cet article très bien écrit et bien sûr merci pour ces magnifiques photos. En effet la croisière était extraordinaire et voir, en plus des paysages incroyables, tous les animaux du Svalbard (dont 9 ours polaires) a été une chance incroyable. Un grand merci à tous les participants qui ont contribué à l’ambiance magique de ce voyage et surtout à l’équipage incroyable et nos 2 guides fantastiques. Notre chance a aussi été de t’avoir avec nous pour tes photos superbes! A bientôt peut être pour une nouvelle croisière avec Polarfront ce bateau magique
Merci infiniment Pierre pour ton message !
Je suis super contente d'avoir pris part à cette aventure et de vous avoir rencontrés 😊
A bientôt, pourquoi pas sur le Polarfront (j'en rêve !), ou bien en Suisse ou en Savoie pour un bon repas !
Mille mercis Marie, ton article est formidable, je ne parle pas des photos ! Très bien construit, on revit notre fabuleux voyage à travers tes mots et tes photos, et surtout avec les noms de lieux en norvégien qu’il nous est difficile de retenir ! Et bien sûr grâce à ce reportage tu nous « emprisonnes » dans cette liberté du Svalbard dont on arrive plus à se détacher.
Merci Odile ! Ca c'est du commentaire qui donne le sourire 🫶
Ton retour est adorable et je suis super contente de lire que mes images et mes mots t'aient fait revivre notre voyage.
Sacré Svalbard, il ne quitte plus notre esprit !
Bravo pour toutes ces informations, bravo pour les photos et merci pour le voyage, tu nous y transportes ;-)




Je me suis régalée sur cette croisière et ce serait avec grand plaisir de se recroiser à bord :)